Juin

par Julie (texte) & Florence (photo)

Puisqu’ « en mai fais ce qu’il te plait », nous nous sommes accordées de petites vacances…. Pour mieux revenir aujourd’hui. Avec nos amitiés aux lecteurs passés par là malgré tout : )


 

juin

C’était au tour de son compagnon de ramer, et à demi allongé dans la barque, la tête renversée en arrière, il ferma alors les yeux pour profiter du souffle de la brise sur sa peau, de la douce chaleur du soleil sur son visage. Du chant des oiseaux autour d’eux. Du calme… Un soupir d’aise lui échappa :

– N’est-ce pas là une merveilleuse, merveilleuse journée ?

Le rameur ralentit un rien l’allure, et eut un haussement d’épaules que son ami ne pouvait voir derrière ses paupières closes :

– En même temps, les journées peuvent-elles être autrement, en ta compagnie ?

L’autre ponctua sa réponse d’un sourire en coin :

– Tu es très spirituel.

Il répondit comme si la remarque n’avait pas été ironique :

– Je sais.

Mais le fait était… La lumière était particulièrement belle, les rayons solaires perçant à travers juste ce qu’il fallait de nuages pour décorer le ciel sans lui enlever de son bleu. La température, idéale, juste assez élevée pour ne ressentir le besoin d’enfiler de vêtements supplémentaires, mais sans avoir à subir non plus de chaleur écrasante. Un équilibre parfait entre les journées brûlantes ou trop fraiches qui étaient d’ordinaires leur quotidien à l’un et à l’autre. Et surtout, ils étaient seuls sur l’eau, au milieu de nulle part, sans avoir à se soucier de faire quoi que ce soit (une spécialité de son compagnon,  à dire vrai).
Oui, c’était une parfaite journée.

Au point que son collègue finit, quelques minutes plus tard, par poser les rames et l’imiter, bras croisés derrière la nuque, la barque continuant quelques mètres sur sa lancée, avant de s’immobiliser, tout juste bercée par le faible courant.

L’immobilité fit froncer les sourcils du premier, à défaut de lui ouvrir les yeux :

– Hey, on n’avance plus ?
– Je fais une petite pause…
– Tu es sûr ? On est pas exactement en avance. On nous attend, tu sais.
– Chut. Détends-toi. Je sais ce que je fais, je suis spécialiste en pause.

Remarque qui fit se redresser son compagnon :

– Tu es vraiment très spirituel.
– Je sais, répéta simplement le rameur.
– Mais je dois reconnaître…
– Oui ?
– Que c’est plus agréable de faire le voyage avec toi. La dernière fois que j’ai fait le trajet, je suis parti tout seul, à pieds, et bien sûr, Tu-Sais-Qui avait laissé le chemin dégueulasse avant moi…

Le rameur eut un franc sourire à cette évocation :

– M’étonne pas de lui. Je me souviens surtout que tu as tellement traîné que j’ai dû me pointer à peine quinze jours après ton arrivée. On est censés débarquer à trois mois d’intervalle.
– Oui ben j’ai fait ce que j’ai pu. Et je te ferai remarquer que cette année c’est toi qui me mets presque plus en retard.
– Oui mais tu vas arriver avec moi, t’inquiète pas. Tu profiteras de mon aura… Peu importe quand j’arrive, j’ai toujours un accueil royal.

Son compagnon secoua la tête, mi-jaloux, mi-admiratif. Un temps – façon de parler – il avait été le plus attendu d’eux tous. Mais le temps justement, les temps, pour être exact, changeaient.
Et eux aussi…
Dans le ciel, les oiseaux s’étaient tus, et le cours d’eau ne berçait plus leur embarcation. Pris d’une légère panique, le dormeur se redressa complètement cette fois, faisant face à son compétiteur et partenaire, qui semblait pour sa part apprécier l’instant présent.

– Dis, quand même…

L’autre ouvrit péniblement un œil.

– Oui ?
– C’est pas sympa de notre part… Pendant qu’on est là… Tu-Sais-Qui règne là bas, les gens doivent nous détester.
– Mais non. Ils ne nous en aimeront que plus quand on se pointera.
– Moi je trouve ça risqué. Puis tu ne crois pas qu’ils vont se rendre compte qu’on traîne exprès ?

Soupir.

– Tu t’inquiètes trop, Printemps. Je te l’ai dit, peu importe la date de notre arrivée… on sera accueillis en triomphe.

Ce n’était de toute évidence pas la peine de le presser, alors Printemps se rencogna dans la barque, et profita du moment. Après tout c’était vrai : ils arriveraient en même temps. Peu importe que lui fut en retard, tout le monde était toujours heureux, de voir arriver Été.

 

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