Juin

par Julie (texte) & Florence (photo)

Pelotonné au coin du feu, le regard traversant la fenêtre, il avait un long moment regardé tomber la neige, mais sans se préoccuper du temps.

Il savait que tant qu’il faisait nuit, il n’avait pas à s’en inquiéter.

Lorsque de timides rayons solaires étaient à leur tour passés par la vitre, faisant fondre la neige de l’autre coté, il s’était redressé, attentif mais toujours serein. Il avait attendu que la lumière se fasse un rien plus sûre d’elle pour éteindre le feu.

Et puis il s’était levé, ne pouvant plus nier qu’il faisait jour (et donc, qu’il était temps). Il avait empaqueté ses affaires, était sorti, dehors, enfin. Mais avançant sans se presser.
Le temps toujours de son coté. Enfin…
Il se comprenait.

Sa route pavée de soleil, il glissait tranquille, se laissant porter par le vent. Puis il glissa tout court, son pied rencontrant la surface plane d’une flaque de pluie.
Oh… d’un lac de pluie.
Mince. Un obstacle plus qu’imprévu. Pas insurmontable, cependant (les lacs se traversaient plus aisément qu’ils ne se surmontaient). Levant son paquetage au-dessus de lui, il pénétra l’eau froide, et tachant de garder pied, serpenta à travers la pluie ainsi rassemblée au sol.

Lorsqu’il atteignit l’autre rive, il faisait noir.
Mais toujours jour, pourtant. Des nuages obscurcissaient le ciel, bloquaient les rayons solaires qui s’étaient aventurés jusque là. Privé de lumière, il perdit en allure, plus tard, se perdit lui-même, incapable de dire dans quelle direction il allait.

Le temps se moquait de lui. Alors que l’obscurité menaçait de le faire tout naturellement retomber en sommeil, une averse de grêle presque bienvenue le ramena à la pleine conscience. A la pleine conscience qu’il allait être en retard. Mais parce que ce n’était pas encore tout à fait le cas, il reprit la marche, avançant au hasard dans le noir.

Quand deux nuages eurent la bonne idée de s’écarter, ce fut pour laisser passer la foudre. L’éclair toucha directement son paquetage, le faisant exploser, et répandant ses provisions alentours. Englouties par la pluie, éparpillées dans le noir, il ne put en récupérer qu’une poignée. Assez pour la fin de sa mission cependant. Après tout, c’était sûr à présent, il avait manqué le début.

Il arriva, finalement, fourbu, détrempé, cabossé, et pourtant, la tête haute, pressentant à une ovation, un accueil triomphal. Certain qu’on l’avait attendu avec une impatience croissante, démesurée. Il entra et déclama, sans même réaliser que le hall était vide :

– Tout va bien, je suis là ! Je suis arrivé !

L’écho de ses paroles, se perdant dans le silence… Puis, du fond de l’antichambre, calée derrière un petit bureau, une voix aride, rocailleuse, propriété d’une petite secrétaire toute aussi sèche :

– Et qui dois-je annoncer ?

Humpf. Une nouvelle sans doute, qui n’était pas là l’an dernier. Ca n’en était pas moins vexant. Se redressant de toute sa hauteur, époussetant son veston, il répondit :

– Et bien c’est moi ! Je suis le printemps !
– Vous êtes le printemps ? Alors vous êtes surtout en retard.

Oh ça allait hein. Même elle, la nouvelle, aurait pu comprendre que ce n’était pas de ce temps là qu’il se préoccupait.

juin2013_flo

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