Novembre

par Florence (photo) & Julie (texte)

Portée, éloignée puis rapprochée par les courants aériens, la voix de son copilote, assis juste derrière, lui parvient comme de très loin :

– Cap’tain, je crois qu’on tourne en rond !

Enfin comment arrive-t-il à s’en rendre compte, dans l’immensité d’un ciel bleu sans repères géographiques ? Pour sa part, le Cap’tain peine à distinguer ne serait-ce que le haut du bas. Mais il est vrai que la trajectoire qu’il fait suivre à l’avion peut donner cette impression. Toute en boucles, en circonvolutions… quelque chose qui tient plus de la danse d’une abeille que du pilotage classique, il doit bien l’admettre.

D’un autre coté, comment faire autrement ?

– Il faut bien qu’on les esquive !

Le vent dans son sens, sa voix doit mieux parvenir au Copilote. Et si ce dernier reçoit tous les mots, c’est le sens qui lui échappe, comme il répond :

– Es’  ‘ ‘ quiver quoi, Cap’ ‘  ‘ ‘tain ?
– Le tigre !

Le tigre oui…. entre autres ! Surmonté d’un chasseur indien, l’animal n’est pas le plus menaçant des adversaires qui les entourent, mais il est le plus proche. Une nouvelle boucle, le voilà derrière eux. Mais c’est alors un grand charriot qui s’approche, un charriot de pionniers, tirés par des chevaux l’air à peine domestiqués…

– Le tigre le convoi l’hélicoptère les chevaux sauvage les éléphants…

Ils sont tout autour d’eux, et le Cap’tain peine à comprendre comment le Copilote peut distinguer l’avant de l’arrière, avoir conscience de tourner en rond, mais ne pas voir toutes ces créatures, toutes ces choses qui tournent aussi sûrement qu’eux.

– Non Cap   ‘  `tai   .  .  ` c’est seulem’ `   ‘     le’   ‘   ‘ ‘ ..ge !’ ‘

Ils tournent trop vite et à présent, le vent se glisse entre les mots, les disloque, dissémine les syllabes, et celles qui parviennent malgré tout à ses oreilles sont partielles, purs sons débarrassés de sens.

– Le quoi ? crie-t-il

– Seulement le ` ‘   ‘ ‘ ` ` ges !
– Seulement le manège ?

Ca n’a aucun sens… le vent aurait-il aussi disloqué les neurones du Copilote ?

– Non, seul’   ‘ ‘ `ement les ‘ ‘ ‘  n’  ua’   `ges ! Les formes des nuages !

Oh…
Oui… Le tigre, l’hélicoptère… Cotonneux.
Des nuages…
Le Cap’tain redresse l’appareil, redonne à leur trajectoire un aspect rectiligne, ligne droite, rail sur lequel il essaie d’aligner ses pensées. Derrière, la voix du copilote lui arrive plus nettement, glissant sur le même rail, un rien déformée par le sourire au travers duquel elle passe :

– Vous avez trop d’imagination Capt’ain.

Peut-être bien, peut-être bien…. D’ailleurs, maintenant qu’il y pense, on le lui dit depuis qu’il est tout petit.

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